SASU vs EURL : le comparatif complet 2025
C'est LA question que se pose tout futur indépendant — et souvent la première qu'on tape dans Google. SASU ou EURL ? Les deux sont des sociétés unipersonnelles, les deux limitent votre responsabilité aux apports, les deux coûtent à peu près pareil à créer. Alors pourquoi le choix est-il si structurant ?
Parce que derrière ces quatre lettres se cachent deux philosophies radicalement différentes en matière de charges sociales, de fiscalité des dividendes et de protection sociale. Ce guide vous donne tous les chiffres pour trancher — pas des généralités, mais des simulations concrètes.
Comparatif statuts juridiques 2025
Tableau synthétique SASU / EURL / micro / EI avec chiffres à jour, arbre de décision et cas concrets par métier.
Ce qui est identique entre SASU et EURL
Avant de détailler les différences, posons le socle commun. SASU et EURL partagent beaucoup :
| Point commun | Détail |
|---|---|
| Associé unique | Une seule personne (physique ou morale) |
| Responsabilité limitée | Limitée aux apports — votre patrimoine perso est protégé |
| Capital social minimum | 1 € (même si on recommande davantage) |
| Impôt sur les sociétés | IS par défaut (SASU) ou sur option (EURL) — taux identiques |
| Comptabilité | Bilan + compte de résultat obligatoires dans les deux cas |
| Coût de création | ~200 à 300 € (annonce légale + greffe + bénéficiaires effectifs) |
| TVA | Mêmes règles : franchise en base ou régime réel |
Information
Le tableau comparatif complet
| Critère | SASU | EURL |
|---|---|---|
| Régime social du dirigeant | Assimilé salarié (régime général) | TNS (Sécurité sociale des indépendants) |
| Charges sociales sur rémunération | ~80 % du net | ~45 % du net |
| Cotisations minimales sans rémunération | Aucune (0 €) | ~1 200 €/an |
| Protection sociale | Élevée (identique à un cadre salarié) | Moyenne (couverture SSI) |
| Assurance chômage | Non incluse | Non incluse |
| Dividendes | Flat tax 30 % uniquement | Flat tax 30 % + cotisations TNS (~45 %) au-delà de 10 % du capital |
| Bulletin de paie | Obligatoire si rémunération | Non requis |
| Libération du capital | 50 % minimum à la création | 20 % minimum à la création |
| Flexibilité des statuts | Très élevée (liberté de rédaction) | Encadrée par le Code de commerce |
| Cession de parts/actions | 0,1 % de droits d'enregistrement | 3 % (après abattement de 23 000 €) |
| Compatibilité ARE | Excellente (0 € de charges si pas de rémunération) | Correcte (mais cotisations minimales et 70 % d'ARE provisoire) |
| Transformation | SAS sans changement de forme | SARL sans changement de forme |
| Idéal pour | Stratégie dividendes, levée de fonds, cumul ARE | Coût social maîtrisé, activité stabilisée |
Régime social : la vraie ligne de partage
C'est LE sujet qui fait basculer le choix. Le président de SASU et le gérant d'EURL ne cotisent pas du tout au même régime — et ça change tout.
Le président de SASU : assimilé salarié
Le président de SASU est affilié au régime général de la Sécurité sociale, comme un cadre salarié. Il cotise à l'assurance maladie, à la retraite de base et complémentaire (Agirc-Arrco), aux allocations familiales, etc. En contrepartie, les charges sont élevées.
Pour 1 000 € net versé au président, la société débourse environ 1 800 € au total (charges patronales + salariales). C'est le prix d'une protection sociale équivalente à celle d'un cadre.
En revanche, si le président ne se verse aucune rémunération, la SASU ne paie aucune cotisation — zéro euro. C'est un avantage décisif en phase de lancement ou pendant le maintien de l'ARE.
Le gérant d'EURL : travailleur non salarié (TNS)
Le gérant associé unique d'EURL relève de la Sécurité sociale des indépendants (SSI, ex-RSI). Les cotisations sont sensiblement plus faibles, mais la couverture sociale est moins protectrice — notamment sur les indemnités journalières maladie et la retraite complémentaire.
Pour 1 000 € net versé au gérant, la société débourse environ 1 450 € au total. C'est ~30 % moins cher qu'en SASU — mais des cotisations minimales (~1 200 €/an) sont dues même sans rémunération.
Attention
Fiscalité et dividendes : le nerf de la guerre
L'IS : même régime pour les deux
En SASU comme en EURL à l'IS, le bénéfice de la société est imposé aux mêmes taux :
| Tranche de bénéfice | Taux IS |
|---|---|
| Jusqu'à 42 500 € | 15 % (taux réduit PME) |
| Au-delà de 42 500 € | 25 % |
La rémunération du dirigeant (salaire en SASU, rémunération de gérance en EURL) est déductible du bénéfice imposable dans les deux cas. Jusque-là, aucune différence.
Les dividendes : avantage SASU
C'est ici que tout bascule. Une fois l'IS payé, le bénéfice restant peut être distribué en dividendes. Et le traitement fiscal diffère radicalement :
| SASU | EURL | |
|---|---|---|
| Flat tax (PFU) | 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS) | 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS) |
| Cotisations sociales supplémentaires | Aucune | ~45 % sur la fraction dépassant 10 % du capital social |
| Option barème progressif | Possible (abattement 40 %) | Possible (abattement 40 %) |
En SASU, les dividendes ne supportent jamais de cotisations sociales — uniquement la flat tax de 30 %. En EURL, dès que les dividendes dépassent 10 % du capital social (+ primes d'émission + comptes courants d'associé), la fraction excédentaire est soumise aux cotisations TNS à ~45 %.
Attention
Simulation chiffrée : 80 000 € de bénéfice
Prenons un cas concret : votre société dégage 80 000 € de bénéfice avant rémunération. Vous souhaitez vous verser 40 000 € net et garder le reste en trésorerie ou en dividendes. Capital social : 1 000 €.
| SASU | EURL | |
|---|---|---|
| Bénéfice avant rémunération | 80 000 € | 80 000 € |
| Rémunération nette versée | 40 000 € | 40 000 € |
| Coût total rémunération (charges incluses) | ~72 000 € | ~58 000 € |
| Bénéfice imposable après rémunération | ~8 000 € | ~22 000 € |
| IS (15 %) | ~1 200 € | ~3 300 € |
| Bénéfice distribuable | ~6 800 € | ~18 700 € |
| Flat tax sur dividendes (30 %) | ~2 040 € | ~2 040 € (sur 100 €) |
| Cotisations TNS sur dividendes (>10 % capital) | — | ~8 370 € (sur 18 600 €) |
| Dividendes nets en poche | ~4 760 € | ~8 290 € |
| Revenu total net (salaire + dividendes) | ~44 760 € | ~48 290 € |
Notre conseil
Simulez vos charges sociales SASU vs EURL
Entrez votre CA, votre rémunération cible et votre capital social. Le simulateur compare les deux statuts en prenant en compte IS, charges et dividendes.
Lancer la simulation →Avantages et inconvénients de la SASU
✓ Avantages SASU
- ✅Protection sociale élevée : couverture maladie, retraite de base et complémentaire identiques à celles d'un cadre salarié.
- ✅Dividendes sans cotisations sociales : flat tax de 30 % uniquement, quel que soit le montant distribué.
- ✅Zéro charge sans rémunération : idéal pour le cumul avec l'ARE ou en phase de lancement.
- ✅Flexibilité statutaire maximale : liberté de rédaction des statuts, entrée d'investisseurs facilitée.
- ✅Cession d'actions simple et peu coûteuse : droits d'enregistrement à 0,1 % seulement.
- ✅Transformation en SAS multi-associés sans changement de forme juridique.
✗ Inconvénients SASU
- ❌Charges sociales élevées sur le salaire : ~80 % du net, soit le coût le plus élevé des statuts unipersonnels.
- ❌Bulletin de paie obligatoire dès qu'une rémunération est versée (coût comptable supplémentaire).
- ❌Pas d'assurance chômage : le président ne cotise pas à France Travail.
- ❌Libération de 50 % du capital à la création (vs 20 % en EURL).
- ❌Formalisme comptable identique à l'EURL mais coût de gestion souvent plus élevé (bulletins de paie).
Avantages et inconvénients de l'EURL
✓ Avantages EURL
- ✅Charges sociales réduites : ~45 % du net, soit presque moitié moins qu'en SASU.
- ✅Pas de bulletin de paie : la rémunération de gérance est plus simple à gérer comptablement.
- ✅Option IR par défaut : intéressant les premières années si vos revenus sont faibles (imposition au réel).
- ✅Cadre juridique sécurisé : le Code de commerce encadre strictement le fonctionnement.
- ✅Libération de seulement 20 % du capital à la création.
- ✅Cotisations TNS = droits retraite : même si les charges sont plus basses, vous validez des trimestres.
✗ Inconvénients EURL
- ❌Dividendes lourdement taxés au-delà de 10 % du capital social : cotisations TNS ~45 % en plus de la flat tax.
- ❌Cotisations minimales ~1 200 €/an même sans rémunération.
- ❌Protection sociale inférieure : indemnités journalières maladie plus faibles, pas de retraite complémentaire Agirc-Arrco.
- ❌Moins compatible avec le maintien de l'ARE (cotisations minimales + versement provisoire à 70 %).
- ❌Cession de parts coûteuse : droits d'enregistrement à 3 % (après abattement de 23 000 €).
- ❌Flexibilité statutaire limitée : le Code de commerce impose de nombreuses règles de fonctionnement.
Quand choisir la SASU ?
La SASU est le bon choix si vous cochez plusieurs de ces cases :
Vous êtes demandeur d'emploi. La SASU permet de maintenir 100 % de l'ARE tant que vous ne vous versez aucune rémunération — sans cotisation minimale. C'est le statut de référence pour les créateurs qui touchent le chômage.
Vous facturez plus de 70 000 € et voulez optimiser via les dividendes. Au-delà d'un certain niveau de CA, la stratégie « salaire raisonnable + dividendes complémentaires » est beaucoup plus efficace en SASU qu'en EURL, grâce à l'absence de cotisations sociales sur les dividendes.
Vous envisagez une levée de fonds ou l'entrée d'associés. La SAS est la forme juridique préférée des investisseurs. La cession d'actions est simple (0,1 % de droits) et les statuts permettent de créer des classes d'actions différenciées.
Vous voulez une couverture sociale solide. Si vous n'avez pas de conjoint en CDI et que la protection maladie/retraite est importante pour vous, le régime assimilé salarié de la SASU offre une meilleure couverture.
Vous montez une holding. La SASU s'intègre naturellement dans un schéma de holding (régime mère-fille, remontée de dividendes à 5 % d'imposition effective).
Quand choisir l'EURL ?
L'EURL est pertinente dans ces situations :
Votre CA est modéré (40 000 à 70 000 €) et vous vous versez tout en rémunération. Si vous ne prévoyez pas de distribuer beaucoup de dividendes, les charges TNS à ~45 % sont nettement plus avantageuses que les ~80 % de la SASU.
Vous privilégiez la simplicité comptable. Pas de bulletin de paie, pas de DSN mensuelle — la gestion de la rémunération de gérance est plus légère.
Vous souhaitez rester à l'IR les premières années. L'EURL est soumise à l'IR par défaut (le bénéfice est imposé directement à votre nom). C'est intéressant si votre TMI est basse ou si vous avez des déficits à imputer.
Vous avez un capital social élevé. Si votre capital social est de 50 000 € ou plus, le seuil de 10 % pour les dividendes (5 000 €) offre une marge acceptable — l'inconvénient fiscal des dividendes est atténué.
Vous voulez maximiser vos trimestres de retraite. Les cotisations TNS, même minimales, valident des trimestres de retraite. En SASU sans rémunération, vous ne validez rien.
L'arbre de décision
Êtes-vous demandeur d'emploi (ARE) ?
Oui → La SASU est quasi-systématiquement le meilleur choix. Zéro cotisation sans rémunération = maintien intégral de l'ARE.
Prévoyez-vous de distribuer des dividendes importants ?
Oui → SASU. Les dividendes ne supportent que la flat tax à 30 %, sans cotisations sociales supplémentaires.
Votre CA sera-t-il inférieur à 70 000 € ?
Oui → L'EURL peut être plus avantageuse grâce à des charges sociales ~2 fois plus faibles sur la rémunération.
Envisagez-vous une levée de fonds ou une cession ?
Oui → SASU. La cession d'actions coûte 0,1 % (vs 3 % en EURL) et les investisseurs préfèrent le format SAS.
Votre priorité est la couverture sociale ?
Oui → SASU. Le régime assimilé salarié offre une meilleure protection maladie et une retraite complémentaire Agirc-Arrco.
Vous voulez minimiser les charges à tout prix ?
Oui → EURL. Les cotisations TNS à ~45 % restent nettement inférieures aux ~80 % de la SASU.
SASU ou EURL ? Faites le diagnostic
Répondez à 8 questions sur votre situation (CA, objectifs, protection sociale, chômage) et obtenez une recommandation personnalisée.
Faire le diagnostic →Le cas particulier du cumul avec l'ARE
Ce sujet mérite un développement spécifique car il concerne une grande partie des créateurs d'entreprise.
En SASU : si vous ne vous versez aucune rémunération ni dividende, vous conservez 100 % de vos allocations chômage. Aucune cotisation sociale n'est due. C'est le scénario optimal pour lancer son activité en toute sécurité financière.
En EURL : le maintien de l'ARE est possible, mais depuis 2025, France Travail applique un versement provisoire de seulement 70 % de l'ARE pour les gérants d'EURL à l'IS non rémunérés. La régularisation à 100 % intervient une fois les revenus annuels connus. De plus, les cotisations minimales (~1 200 €/an) sont dues même sans rémunération.
Notre conseil
Les erreurs classiques à éviter
Choisir l'EURL pour les charges basses, sans penser aux dividendes. Beaucoup de créateurs comparent « 45 % vs 80 % » et choisissent l'EURL. Mais si vous prévoyez de distribuer des dividendes au-delà de 10 % du capital, la facture sociale explose. Faites toujours la simulation globale (salaire + dividendes + IS).
Créer une EURL à 1 € de capital et distribuer des dividendes. Avec 1 € de capital, quasiment 100 % de vos dividendes seront soumis aux cotisations TNS. Si vous choisissez l'EURL, prévoyez un capital suffisant pour que le seuil de 10 % ait un sens.
Oublier le coût du bulletin de paie en SASU. Chaque mois où vous vous versez un salaire, un bulletin de paie est obligatoire. Comptez 30 à 50 €/mois chez un expert-comptable. Sur un an, ça représente 360 à 600 € de frais supplémentaires par rapport à l'EURL.
Ne pas anticiper l'impact sur le crédit immobilier. En SASU, les banques voient des bulletins de paie — c'est rassurant. En EURL, c'est un avis d'imposition et un bilan. Les deux fonctionnent, mais le dossier SASU est parfois mieux perçu par les conseillers bancaires peu familiers des indépendants.
Choisir un statut « pour toujours ». La transformation d'une EURL en SASU (ou l'inverse) est parfaitement possible. Ce n'est pas gratuit (formalités, commissaire aux comptes dans certains cas), mais ce n'est pas irréversible non plus. Choisissez le statut adapté à votre situation actuelle, pas à celle que vous imaginez dans 10 ans.
Et si vous changez d'avis ?
Transformer une EURL en SASU (ou inversement) est une opération courante. Concrètement, cela passe par une modification des statuts et le respect de certaines formalités :
- Décision de l'associé unique
- Rédaction de nouveaux statuts
- Publication d'une annonce légale
- Dépôt au greffe
- Éventuellement, commissaire à la transformation (obligatoire pour le passage de SARL à SAS si la société n'a pas de commissaire aux comptes)
Le coût total se situe entre 500 et 2 000 € selon que vous faites appel à un professionnel ou non. Ce n'est pas anodin, mais ce n'est pas un frein si votre situation a évolué.
Information
Conclusion
Il n'y a pas de réponse universelle. Le bon statut dépend de votre niveau de CA, de votre situation vis-à-vis de l'emploi (ARE ou non), de vos objectifs patrimoniaux et de votre tolérance au risque en matière de protection sociale.
En résumé : la SASU est le choix par défaut pour les créateurs en phase de lancement (surtout avec l'ARE) et pour ceux qui visent une optimisation via les dividendes. L'EURL est pertinente si vous privilégiez un coût social maîtrisé et une gestion simple, avec un CA modéré.
Dans tous les cas, ne choisissez jamais sur la base d'un seul critère. Faites la simulation complète.
Simulez votre rémunération optimale
Comparez SASU et EURL sur votre cas précis : salaire, dividendes, charges, IS et revenu net final.
Lancer la simulation →Pour aller plus loin :